dimarts, 10 de juny de 2014

Tatiana de Rosnay. Elle s’appelait Sarah

Elle s’appelait Sarah, c’est la traduction française du roman Sarah’s Key, publié en 2007 par Éditions Héloïse d’Ormesson, avec un grand succès, traduit dans plus de 30 langues. J’ai lu la réédition en livre de poche de 2008, publié dans Les livres de Poche. Cette édition comprend une bibliographie de livres utilisés par l'auteure pour se documenter, ainsi qu’un entretien avec Tatiana de Rosnay et Serge Joncour sur le film de 2010 dont Serge écrit le scénario, et contenant un intéressant débat sur la façon dont le cinéma s’inspire de la littérature (ou c’est à l’envers?).
C’est le premier livre que je lis de cette écrivaine et journaliste française, de mère britannique et père français, qui se définit comme franco-anglaise. (Peut-être un parallèle avec le protagoniste du livre, qui est franco-américaine ? En fait, elle mélange très bien les expressions linguistiques et les sentiments qui ont des identités partagées, et dans les relations décrites dans le livre souvent on y trouve des clichés sur les regards des nationalités mélangées –française / américaine, ou française / juive, ou italienne / américaine).


Résumez l’histoire
On nous présente deux histoires parallèles de deux femmes qui, contre les lois de la physique, à la fin du livre vont se retrouver. La première, une des histoires les plus honteux et sombres de l’historie de la France, avec Sarah, une fillette juive de dix ans, comme protagoniste. Avec toute sa famille –son frère et ses parents-, est déportée dans la rafle du Vel’ d’hiv. Le mois de juillet 1942, plus de 10.000 juifs sont arrêtés par la police française, rassemblés au Vélodrome d’hiver, transférés au camp de concentration de Beaune La Rolande et finalement exterminés à Auschwitz. Sarah est une des rares personnes qui ont survécu, mais elle doit vivre avec un sentiment de culpabilité pour la mort de son frère.
La deuxième histoire se réfère à Julia Jarmond, une journaliste américaine qui travaille à Paris pour un magazine américain, dont elle doit couvrir la commémoration du 60ème anniversaire de la rafle du Vél’ d’Hiv. Pendant tout le temps qu’elle s’engage dans ce projet de recherche, elle connait un terrible secret qui affecte sa famille, changeant les relations avec tous ses parents –mari, fille, belle-famille- et finalement sa vie entière.
Avec soixante ans d’intervalle entre les deux histoires, à la fin on se retrouve dans un final plein d’espoir, malgré toutes les adversités qu’on a connues et subies.

Je crois que c'est un livre qui travaille dans trois directions stylistiques: expose les tristes événements historiques vécus par les Français; implique aussi une enquête presque policière pour trouver les origines de Sarah et suivre leurs traces familiales; et enfin représente aussi un livre philosophique, avec une série de réflexions faites par les protagonistes eux-mêmes, sur le mal, la culpabilité, ou le devoir de garder vivante la mémoire historique.
Je pense aussi que c'est l'un des romans les plus émouvants que j'ai lu ces derniers temps. Bien que le sujet de la Shoah est toujours une des questions les plus touchantes qu’on peut travailler en la littérature. Mais Tatiana de Rosnay nous présente un personnage pour lequel il est impossible de ne pas se sentir attiré. Et maîtrise à la perfection la capacité pour doser les deux histoires et maintenir la tension jusqu’à la fin du livre, à la fois que tout le roman est vraiment un manuel didactique sur l’histoire, la mémoire et l’éthique. Il n’est pas facile d’écrire sur un épisode qui est inconfortable, gênant et bouleversant pour toutes les personnes qui pensent que l’histoire de France a toujours été un lit de roses.
Et c'est à travers les deux personnages principaux qu’elle garde constamment ce rythme rapide et nous présente le doute permanent sur la performance, pas seulement des personnages, mais aussi de l'ensemble du pays, qui étaient victimes ou coupables.
Per exemple, Sarah « ne comprenait pas comment il pouvait y avoir tant de différence entre ces enfants et elle. Elle ne comprenait pas pourquoi elle et ces gens devaient être traités de la sorte. Qui avait décidé cela, et dans quel but ? » «  La fillette se demandait maussadement ce que Dieu fichait. Les avait-il abandonnés ? Les punissait-il pour une faute qu’elle ignorait ? ». » La fillette se demanda : ces policiers … N’avaient-ils pas de famille ? Pas d’enfants ? Des enfants qu’ils retrouvaient le soir à la maison ? Comment pouvaient-ils les traiter de la sorte ? Agissaient-ils sur ordre ou était-ce chez eux quelque chose de naturel ? Étaient-ils des machines ou des êtres humains ? Elles les scruta attentivement. Ils étaient faits de chair et de sang. Pas de doute, c’était bien des hommes. Elle ne comprenait pas. »
Ou bien Julia essaie de comprendre les adultes : « le pire pour elle fut d’avoir survécu alors que tous les autres étaient morts. De devoir continuer à vivre sans eux. Sans sa famille ». « Alors, il faudrait enterrer tout cela et continuer comme si de rien n’était, comme font si bien les Français ? ». » La plupart des gens qui m’entouraient restaient indifférents. Ils se disaient que c’était normal. C’était normal pour eux qu’on embarque les Juifs ».
Enfin, des réflexions qui doivent nous faire penser que l'humanité ne peut pas revenir des événements tels que les décrits dans le roman, et de croire qu'il y a des gens supérieurs aux autres. Malheureusement, il semble toutefois que le racisme grandit à nouveau en Europe.
À la maison, j'ai déjà le film prêt à voir pour l'ensemble de ma famille.